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Le Miroir photogramme, 1974, Andreï Tarkovski

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A son film il voulait donner pour titre Une journée blanche blanche, le nom tout blanc d’une plage d’espace et de temps, comme celui d’un champ et d’une journée de journalier agricole passée à écrire, la journée de travail blanche d’une page d’écriture du souvenir où sont semés les grains noirs de notre vie, car le miracle n’est pas que quarante ans plus tard une terre produise des fleurs de sarrasin, ni qu’un cinéaste russe ait la patience d’attendre des mois pour filmer un plan selon son vœu, le miracle n’est ni dans l’opiniâtreté de Tarkovski ni dans les résultats de l’agriculture, il est que la beauté ou la douleur du présent puisse être quelquefois celle du passé, la même, que la neige printanière du champ d’aujourd’hui comble encore le souvenir qu’elle a engendré en un instant de grâce à travers les voiles de veuve du temps, qu’elle réconcilie en cet instant de cinéma jeunesse et vieillesse, enfance et mort, présent et passé, et cet instant peut nous sauver.
Dans la pente du toit, p. 115