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Miasnoïé 2 octobre 1981, polaroïd, Andreï Tarkovski

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Au long de la promenade que nous avions faire ensuite, en suivant le ruisseau, sous les nuages effilés du crépuscule qui déchiraient le vif ciel d’automne et dans le bruissement continu de l’eau, il avait poursuivi son soliloque, de sa voix lente et brumeuse, complétant par touches la silhouette de cet homme qui avait apporté les caisses vernies et les avait oubliées, il évoquait son profil d’aigle et ses grandes mains osseuses, la tache de café qu’il portait au front ainsi, disait-il, en une vie nous croisons bien des passants, nous le sommes nous-mêmes pour eux, ce sont des rencontres qu’on croit sans lendemain et qui, des décennies plus tard, s’avèrent des signes, on n’a pas su ou pas voulu s’arrêter à les voir, ils brûlent dans l’obscurité de leur faible lueur, il suffit parfois de souffler dessus pour qu’un incendie s’allume, et il me demanda alors, c’est la seule question qu’il me posa de toutes ces heures passées avec lui : que ferez-vous de lui si vous le retrouvez ?
Nous nous connaissons déjà, Babel, p.266