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Romans et essais

Hongrie

Blason
Fév 2009,
Ed Actes-Sud, Collection un endroit où aller,
dirigée par Hubert Nyssen,
52 pages

Dernier volume d’une trilogie sur l’imaginaire, après L’Amour de loin et La Rotonde. Montepulciano, au cœur de l’Italie, petit matin d’orage parmi les vignes. Deux amis sur le point de se quitter font une dernière promenade, jusqu’à l’arbre, là-bas… L’un pose à l’écrivain une question apparemment anodine : pourquoi dans ses livres est-il tant question de la Hongrie ? Sous forme de conversation, la réponse intime se cherche au fond des puits, parmi les cailloux, les nuages, les œuvres, parmi les livres et les images qui composent le blason d’un imaginaire.Premières lignesAvant que nous ne nous quittions, marchons un peu sur ce chemin, jusqu’à l’arbre là-bas, et d’ici là dis-moi : pourquoi la Hongrie ?
C’était l’aube d’été, dans la campagne de Montepulciano. Au fond de ce petit val, notre loguer cultive ses oliviers et ses vignes, cépages de sangiovese. Nous avons bu hier soir de son
vino nobile pour fêter mon ami qui part ce matin, nous le suivrons tantôt. Premier levé, il est dans la cuisine, il a fait du café, je le trouve là, sa tasse est vide sur le bord de la table. L’heure du départ approche, le seuil embaume la menthe, le jasmin que l’humidité rend odorants. Cela nous inspire de sortir, de risquer quelques pas dans le jardin, tandis que tout le monde dort encore : l’orage s’éloigne, un de ces brusques et violents de la fin août, qui pète sec et tombe à seaux ; avant le jour son averse a battu les buissons. A présent, sa lumière de nuages fait un glacis d’argent sur le dos des collines. Les feuilles dégouttent de pluie, chacune étincelle dans l’ombre. Par jeu, ou par mélancolie, mon ami jette des cailloux au fond du puits, nous regardons les cercles d’eau noire partir de leur centre et revenir clapoter contre la pierre, leur onde courte s’abréger, mourir.
Ce sont des ronds de sorcière, dit-il. As-tu vu des oracles ?
Extraits de presse

Se servant de Hongrie comme d’une lanterne magique, Anne-Marie Garat en projette les images sur le paysage traversé, sur le ciel qui vire à l’orage, sur les souvenirs enfouis et les cartes d’état-major. Car la Hongrie c’est aussi l’histoire brouillée de l’Europe, une langue étrange et étrangère, la nuit et le brouillard. Autant se demander d’où nous vient les plus intime, et d’où arrive, pour un romancier, le roman. () Rédigée dans une langue poétique, cette méditation dialoguée (sous-titrée Blason), n’évite ni l’énigme ni la lumière. Passagère clandestine de la mémoire, Hongrie éclaire aussi bien les affinités entre ceux qui s’aiment que les mystères de la création.
Evelyne Bloch-Dano, Le Magazine littéraire, avril 2009

Alors si Hongrie était cela : une enfance perdue dans une impasse; un creuset d’imaginaire et de rêveries où puise l’écrivain; et encore un territoire d’avant la langue, de toutes les langues, dans lequel il cherche son propre langage pour donner forme à son enfance? A toutes les enfances. A ce qui nous compose, nous rend présents au monde Ainsi, chemin faisant, dans le substrat de son oeuvre et de ce qui la fonde, Anne-Marie Garat livre avec Hongrie bien plus qu’une rêverie impressionniste et introspective, un puissant manifeste pour l’art et la littérature.
Christine Rousseau, Le Monde des Livres, 3 avril 2009