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Romans et essais

Istvan arrive par le train du soir

Roman
Avril 1999,
Editions d Seuil, Collection Fiction & Cie, dirigée par Denis Roche,
Prix Thyde-Monnier, SGDL 1999
202 pages.

Joseph aime Odile, il aime Istvan, son ami de jeunesse, il aime aussi Christine, et Alicia, une fille étonnante, spécialiste du magdalénien, et aussi sa tante Emma. Il aime observer son jardin, à la jumelle ou à l’œil nu, il aime être nu. Mais voici qu’il y a un mort depuis huit jours dans le jardin, près du clapier à lapins. Odile est absente, et ce week-end Istvan arrive de Budapest, par le train du soir. Alors Joseph se demande où est l’anomalie, quel couteau il a perdu, quelle femme le guette aux Galeries Lafayette. Il se demande pourquoi Istvan, son meilleur ami, file nuitamment un homme dangereux sur les quais de la Seine ; s’il a vraiment reconnu Alicia dans un peep show de Milan ; pourquoi il garde dans ses poches la photo d’une femme nue en posture acrobatique, du sable dans une boîte, un ticket de consigne de la gare de l’Est. Enfin Joseph voudrait savoir quelque chose. Mais on apprend toujours trop tard qu’il aurait fallu ne pas entendre, ne pas voir. Et nous visons avec les ombres, avec les fantômes.Premières lignes

Normalement, j’aurais dû le voir, j’ai fini par le voir depuis ma fenêtre, en réalité voilà huit jours que le voyais, mais sans être inquiet. Ce n’est pas par distraction ou par indifférence, il était pris dans le paysage. J’avais bien repéré par terre sous les feuilles mortes, un monticule de vieux chiffons, un tas mou qui n’était pas là avant, j’ai même pensé à un vieux chien normal, couché, sauf que dans ce jardin il n’y a jamais de chien. C’est pourquoi je n’ai pas cru au chien. Je n’ai cru à rien.

Extraits de presse

On ignore tout de ceux qu’on croyait connaître quand émerge un pan de leur vie clandestine. La réalité se brouille, tout est sujet à suspicion. Si les romans d’Anne-Marie Garat ont une parenté, c’est dans l’exploration de cette étrangeté du quotidien. Soudain, tout bascule dans l’inconnu, la réalité sur laquelle on se reposait donne matière à des hypothèses qui prolifèrent à l’infini.
Anne Thébaud, Quinzaine littéraire, 01/01/1999

Mais alors que tant de romanciers d’aujourd’hui, faute de force romanesque, se contentent d’exprimer le vide du monde, ne traduisent en fait que leur propre inanité, Anne-Marie Garat nous entraîne dans un espace et un temps intérieurs ; là où les figures rejoignent celles de ses autres œuvres, à travers les prismes de la photo, du cinéma, de l’insomnie rêveuse, présents aussi dans ses romans précédents.
Francine de Martinoir, La Croix, 06/06/1999

Du Monarque égaré à Aden, en passant bien entendu par Chambre noire, chacun de ses ouvrages nous dévoile un des mystères du regard – nous en avons souvent reconnu l’étrangeté troublante. Mais jamais, semble-t-il, ne s’est manifestée à ce point chez elle cette volonté de mener le lecteur au cœur de l’ambiguïté. (…) Le talent d’Anne-Marie Garat est de faire un roman qui nous tient en alerte, éveille sans cesse notre curiosité, et nous entraîne dans le vertige de la virtualité.
André Brincourt, Le Figaro littéraire, 27/05/1999

La rapidité de l’écriture, elliptique et pleine d’humour d’Anne-Marie Garat, dans l’entrecroisement et la récurrence des thèmes, exprime cette dispersion d’images toujours menacées d’effacement, et dont il ne reste que des vestiges.
Agnès Verlet, Magazine littéraire, 06/1999

C’est vivant, c’est subtil, c’est un petit joyau d’intelligente malice – un pur diamant de cent Garat.
D.J, Le Nouvel Observateur, 08/07/1999