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Romans et essais

Le Monarque égaré

Roman
Août1989, Ed Flammarion, 230 pages
Point-Seuil, P205, 1996


Une expédition dans une île du Grand Nord canadien, sur la piste du Monarque, fabuleux papillon migrateur, conduit Thomas, un entomologiste de 40 ans, à vivre une épreuve qui provoque en lui une surprenante mutation : en une saison, il est devenu énorme, métamorphosé et comblé par l’ampleur formidable de son corps.
En Ile de France, dans la propriété familiale aux maisons jumelles, il retrouve pour un été les quatre générations de femmes de sa famille : l’aïeule Bonne maman, sa mère Louise, et Looa, toutes deux veuves de son père, capitaine au long cours et bigame mélancolique, sa demi-sœur Elisabeth et son amie inséparable, Charlie, et la troupe de leurs petites filles, dont la dernière née, mutique… Dans le champ clos de cette cohabitation que l’été exaspère de sensations et visions, tel les Monarques égarés qui retrouvent d’instinct leur route d’origine, il achève sa mue, fils et jumeau de lui-même, sous une pluie d’étoiles.
Premières lignes

Un dimanche, en mai, je suis revenu vivre dans nos maisons de Saulun. Pour tout l’été, disais-je dans ma dernière lettre ; plusieurs semaines en tout cas, manière d’inaugurer mon allée sabbatique par un vrai séjour de vacances auprès des miens. Depuis six ans que je suis installé à New York, je n’ai fait que passer, des visites pressées de quelques jours, parfois de de quelques heures entre deux avions, qui me permettaient à peine d’entrevoir le paysage de notre enfance, d’y reconnaître les odeurs, de suivre sur le visage de Louise et de Looa les marques du temps qui passe, on aurait dit plus lentement pour elles que pour moi ; alors elles tenaient la chronique, me disaient les nouvelles d’ici, des uns et des autres dont les vies me sont chères malgré l’absence et le travail qui m’en ont éloigné…

Extraits de presse

Le caractère même du récit, ses intentions secondes, exigent et justifient un style riche et précis. Recherché et trouvé, si j’ose dire. C’est le cas. Nous sommes non dans le fantastique, mais dans une surréalité contenue dans la réalité hors d’atteinte – ce qui à la fois bouleverse notre horizon et toute vue rapprochée. Nous entrons dans la fable par des chemins interdits jusque-là, certains tableaux étant ici peints comme de petits chefs d’oeuvre de miniaturistes…
André Brincourt, Figaro littéraire, 02/10/1989

Avec Anne-Marie Garat, on s’infiltre dans les profondeurs de la terre où grouillent les insectes, dans un corps tourmenté qui devient page après page, face aux champs, au vent, une forteresse imprenable, et même terrifiante, dans laquelle on a pourtant envie de se laisser emprisonner.
Françoise Decout, Elle, 09/1989

La langue d’Anne-Marie Garat est faite de dentelle de mots choisis qui laissent à penser que rien n’a été dit de la sorte. Son credo : l’observation d’une fracture psychologique. Le résultat : une singulière vision du monde. De la grande littérature.
Guillaume Chérel, Révolution, 15/12/1989

Car l’une des grandes réussites d’Anne-Marie Garat, dont il est difficile de rendre compte, est d’avoir construit un roman où aucun des personnages ne peut être qualifié de secondaire, où l’apparente bizarrerie des configurations humaines répond aux migrations inintelligibles de ces monarques que l’ont croit égarés.
Josyane Savigneau, Le Monde des Livres, 08/09/1989