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Romans et essais

Les mal famées

Roman
Août 2000,
Ed Actes-Sud, Collection Un endroit où aller, dirigée par Hubert Nyssen,

213 pages
Prix Marguerite-Audoux, 2000
Babel 557, 2005

Lise est très jeune et Marie déjà bien vieille mais, cet hiver-là, sous les bombes de la guerre, elles se rencontrent et s’adoptent ; la mère de la fille n’est pas celle qu’on croit. Dans la petite maison d’angle de l’impasse qu’elles ont élue pour y vivre ensemble, la couturière en gilets et la cuisinière cordon bleu, toutes deux employées de maison bourgeoise, allient leur solitude et leur détresse semblables, pour s’en sortir, disent-elles… Mais se sortir de quoi quand on n’a rien, mêmement orphelines et fiancées de fantômes, ni une chambre à soi, ni droit à revendiquer, pas même la parole ? Il neige quand se présente un soir, dans le quartier évacué, un fugitif qui leur confie un colis encombrant, quand la brocanteuse leur met sur les bras une petite fille sauvée d’une rafle, tandis que rôde un facteur de mort…Premières lignes

Ce n’était pas cela que nous voulions, Marie et moi. Une maison comme celle-là, nous n’en voulions pas. Marie disait : sache-le, une maison, c’est le poison. Le toit et les caves sont sources de contrariétés. Il nous faut un appartement. Là, nous serons tranquilles. Pas de fuites ou d’infiltrations venant du toit, pas d’odeurs ou de bêtes montant des caves, et en ce moment, inutile de réclamer auprès des propriétaires : avant d’obtenir gain de cause, tu peux moisir. Ils ont d’autres chats à fouetter que de prévoir le confort des locataires, l’état de leurs caves et de leurs gouttières. Crois-en mon expérience, surtout pas de maison individuelle. Elle n’en avait jamais eu, elle savait donc de quoi il retournait.

Extraits de presse

On ne peut évoquer toutes les vies que brasse le récit d’Anne-Marie Garat sans mentionner la façon de raconter, la prose légère, presque aérienne, émaillée de résonances poétiques. Il est un plaisir particulier de la lecture à découvrir les destins de cette époque, aussi difficile et trouble fût-elle, à travers une écriture qui exprime le plaisir des mots et qui, en quelque sorte, éclaire le tableau par l’enchantement de la langue.
Anne Thébaud, La Quinzaine littéraire, 15/09/2000

Anne-Marie Garat est la championne de ces plongées en eau profonde. Ses réprouvées détournent le polar au profit de la métaphysique, décortiquent le monde jusqu’à son noyau d’indicible chaos et rapprochent l’auteur de L’Insomniaque au sommet de son art.
Jean-Baptiste Michel, L’Express, 14/9/2000

Ce douzième livre d’Anne-Marie Garat est une de ces histoires secrètes, délicates, improbables, qu’elle sait magnifiquement raconter. On comprend immédiatement, en commençant la lecture, que l’atmosphère de mystère, de non-dits, de violence contenue, de peurs enfouies ne se dissipera pas au cours du roman, au contraire.
Josyane Savigneau, Le Monde des Livres, 27/10/2000

Mais il importe peu de résumer ce court récit, d’une très grande élégance, qui place sous un éclairage singulier les cuisines de la guerre. Un tableau de Vermeer ou de Georges de la Tour. D’une construction subtile, par alternance de plans larges et de plans rapprochés, ce que les Mal famées expose d’existence n’est pas son excitation visible mais son léger bougé. L’infime tremblement des choses.
Tiphaine Samoyault, Les Inrockuptibles, 07/11/2000

C’est d’une beauté inquiète, d’une bouleversante profondeur formelle, et d’une infinie puissance intellectuelle.
Maxime Romain, La Marseillaise, 09/10/2000