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Romans et essais

Nous nous connaissons déjà

Roman
Août 2003,
Ed Actes-Sud,
Collection un endroit où aller, dirigée par Hubert Nyssen,
338 pages
Babel 741, avril 2006

Le hasard d’une promenade nocturne en forêt landaise met la narratrice, experte en photos anciennes, en présence de Laura, une jeune femme inconnue, et familière à la fois. De pertes en rencontres, des plages de l’Atlantique à la Toscane et Amsterdam, et jusque dans une gare abandonnée des Hautes Pyrénées, elles affrontent leur secret commun, les trompe-l’œil de l’image et les feintes de la mémoire, les horreurs du siècle et leur propre histoire de femmes. A la recherche d’un bourreau de la guerre d’Espagne, la narratrice mène une enquête qui en cache une autre, et le calepin d’un vieux comptable l’enseigne moins que sa propre énigme, tant il est vrai que nous nous connaissons déjà.Premières lignes

A l’automne de cette année-là, je me rendis dans le Sud Ouest de la France pour examiner un fonds de plaques photographiques que les récents acquéreurs d’un château du vignoble, entreprenant des restaurations d’envergure, avaient trouvées, entreposées dans des caisses, sous la poussière et le fatras divers d’un grenier, et sans doute oubliées par les propriétaires qui avaient vendu mobilier et rebuts, en même temps que les murs et les terres. Il y a peu de temps encore, elles auraient fini dans une décharge, mais la valeur des photographies anciennes commence à trouver écho dans le public et il n’est pas rare que soient faites de ces découvertes, qui échouent la plupart du temps entre les mains d ‘amateurs plus ou moins avertis. Il est beaucoup plus rare qu’elles présentent un réel intérêt, artistique ou patrimonial…

Extraits de presse

On sait Anne-Marie Garat peu soucieuse des décrets hautains de prétendue modernité qui entend traiter la langue au hachoir. On s’émerveille plutôt de la voir se couler dans la phrase avec la sensualité d’une nageuse attentive aux troubles de l’eau et aux sollicitations les plus fines que cette immersion révèle au fil de l’eau. (…) L’écriture proustienne complice d’un regard à la Cartier-Bresson, comment mieux sonder et célébrer les mystères, les roueries et les stratégies de la mémoire…
Ghislain Cotton, Vif-L’express, 12/09/2003

Ombre et lumière, paragraphes pleins et déliés, compression du temps et dilatation de la phrase, suffocation et respiration alternées creusent la page et enfoncent en spirale où Laura et la narratrice ne cessent de se quitter et de se retrouver ressemblent à cet effet de rémanence qui demeure un temps sur l’image alors qu’elle vient d’être filmée.
Claudine Galéa, La Marseillaise, 22/08/2003

Quelque part dans le livre, il est question, sans les nommer, d’Andreï Tarkovski et de son film Andreï Roublev : le maître de la peinture d’icônes, au XVème siècle, dans une Russie dévastée par les invasions et la barbarie y incarnait la capacité de l’art à transcender la sauvagerie primitive. Nul doute qu’il y ait un projet d’un tel ordre, en ce début non moins barbare du XXème siècle, dans le livre puissamment inspiré d’Anne-Marie Garat.
Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 09/2003

Au fil des voyages et d’une enquête qui mène sa narratrice sur de mystérieuse et terrifiantes photos de la seconde guerre mondiale, Anne-Marie Garat entremêle finement histoire intime et collective pour interroger la part la plus sombre de notre humanité ; Au-delà de cette enquête, entreprise sur les décombres d’un siècle d’horreurs, au-delà d’une exploration des territoires de la mémoire, dans l’étoffe somptueuse d’un récit aux résonances proustiennes, se révèle aussi l’essence même de la littérature, de l’acte d’écrire et de lire : une façon d’être en soi et au monde.
Christine Rousseau, Le Monde des Livres, 10/10/2003

C’est par sa phrase ample, proustienne jusqu’à l’excès dans son mouvement de lasso lancé à travers le temps qu’Anne-Marie Garat attrape le lecteur dans les rets de l’imaginaire qu’elle déploie, dans le même temps qu’elle interroge (sachant bien qu’un « récit met d’autant plus à nu qu’il est imaginaire »), mais c’est plus encore par le mouvement même du tissage qu’elle le tient en fascination : comme si elle donnait à voir la navette du métier à tisser parcourant avec une logique folle le cadre pour faire surgir une image en constante mutation de forme et de couleurs.
Bertrand Leclair, Quinzaine littéraire, 15/10/2003