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Romans et essais

Photos de familles

Essai sur la photo d’anonymes
1994, Ed du Seuil, Collection Fiction & Cie, dirigée par Denis Roche,
256 pages

Dans chaque maison, il y a au moins un livre, un roman : l’album des photographies de famille.
Ces photos d’anonymes, ces images sans qualité, je les collecte depuis longtemps, je les aime, elles m’émeuvent. Elles ont fini par constituer mon album imaginaire, aux visages inconnus et familiers. Elles m’ont instruite sur ce que je cherche en écrivant, un certain rapport au monde et à sa représentation. Je voudrais que ce livre éclaire. Qu’il dise quelle lumière peut nous venir de ces images de rien, de ce roman de la vie ordinaire. Je voudrais que ce livre se consulte comme une traversée des apparences, qu’il fasse entendre les voix silencieuses, le langage d’ombre et de lumière qui vient de la photographie.
Mon livre commence avec le portrait d’une centenaire dont les yeux ont vu le XIXème siècle. Nuage atmosphérique, nébuleuse atomique. Nuage du grain argentique. De la centenaire au nuage, j’ai voulu écrire l’histoire de nos chambres noires.
Premières lignes

Dans chaque maison, il y a au moins un livre, un roman. Il ne se prête ni se vend, n’a de prix, ne réserve d’émotion que pour ceux dont il raconte l’histoire. La même que celle de tout le monde. Différente, unique. Une histoire de gens ordinaires, de temps qui passe, de souvenir et d’oubli, de mort, d’amour. Vieille histoire. Et toute neuve. L’album de famille a tout juste cent ans d’histoire populaire. Il s’invente au seuil du monde moderne, sa veille. C’était hier. Il a l’âge de notre mémoire vive, si faillible, menacée. Des photos qui vieillissent avec nous, pâlissent et s’effacent. Se perdent parfois. Dans une société qui en fabrique tant, par milliards, et qui s’épuise à vider la réalité du monde dans les simulacres télévisés. Fragiles, éphémères images de l’album, banales, défectueuses, qui constituent l’immense réservoir de la fiction familiale.

Extraits de presse

Le texte de Photos de familles prend le plus court chemin entre l’œil et l’intelligence, il donne à voir et fait partager le don de voir (…) Son point de vue sur les photos est celui de l’absent de l’image, l’opérateur, ce qu’il accomplit le me désigne comme un frère et situe une sorte de lieu d’origine d’où s’envisage le monde et sa représentation ; c’est le point de vue de l’écrivain, un travail que le collectionneur d’images anonymes peut porter plus loin en brassant son fonds, organisant des voisinages, un jeu des sept familles, tous ces visages qui ne nous disent rien et finissent par nous parler de nous.
Jean-Baptiste Harang, Le Monde, 07/1994

C’est de la photo palimpseste, parce qu’Anne-Marie Garat s’arrête sur ces images qui sont déjà des arrêts du temps, qu’elle veut retenir quelque chose qui s’engloutit peut-être, c’est en cela, par-delà le choix des mots, que sa démarche est métaphysique et poétique.
Olympia Alberti, Nice-Matin, 29/05/1994

Une histoire qu’elle déchiffre et invente à la fois : attentif au détail le plus anodin, son regard est vite relayé par l’imagination. Car ces compositions visuelles enfermées dans leur cadre l’intéressent autant par ce qu’elles recèlent, hors champ, de dramatique réserve d’invisible.
Isabelle Martin, Journal de Genève, 02/10/1994

Le lecteur de roman finit par oublier qu’il s’agit d’un essai et d’un essai aussi intelligent que subtil.
Jean Wagner, Quinzaine littéraire, 16/07/1994